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4oct/090

I love oldies #1 – SeGaGaGa, entre cynisme et onirisme

Parmi tous les jeux que je possède ou auxquels j'ai pu m'essayer, et dont je traiterai dans cette série de billets courts "I love oldies", existe un OVNI dénommé SeGaGaGa. Sorti en mars 2001, pile-poil lorsque la fabrication de la console Dreamcast était stoppée et alors que Sega s'apprêtait à se retirer du business de constructeur de consoles de jeux, SeGaGaGa - ou SGGG - est l'un des titres les plus incroyables de toute l'histoire ludo-numérique.

Revenons quelques instants en arrière. L'hiver 2000 est une période charnière pour Sega. La PlayStation 2, sortie depuis quelques mois, rattrape très vite son retard en termes de parc installé sur la pionnère des consoles 128 bits. La Dreamcast propose pourtant une ludothèque bien meilleure - à l'époque - et des capacités techniques en mesure de faire de l'ombre à la PS2, réputée pour être très difficilement exploitable par les développeurs. Dans les faits, la Dreamcast permet depuis plusieurs mois de jouer en ligne, et les différents titres sortis simultanément sur PS2 et DC rendent hommage à la dernière console de Sega avec des graphismes, un framerate et des couleurs souvent meilleurs.

SeGaGaGa, Dreamcast, 2001

SeGaGaGa, Dreamcast, 2001

Hélas, les qualités de la Dreamcast ne font pas tout, et ce qui est vu par les fanatiques de Sega comme la "propagande" publicitaire de Sony ainsi que l'attachement populaire autour de la marque PlayStation font le reste. Shenmue, le projet le plus pharaonique que le jeu vidéo n'ait jamais connu, n'y pourra rien, enfonçant même encore plus la firme de l'échidné dans le trou qu'elle avait commencé à creuser depuis l'échec de la Saturn en occident. Depuis début 2001, et la mort de Sega en tant que constructeur, les joueurs ne reconnaissent plus le génie de la bouillante compagnie asiatique : seuls quelques rares titres comme Panzer Dragoon Orta ou Jet Set Radio Future font illusion, au milieu de jeux "bons mais sans plus", loin du lustre d'antan.

Bref, en mars 2001, on célèbre la "mort" de Sega. Et comment la célèbrer avec plus de cynisme qu'avec SeGaGaga ?

Le jeu, développé dans le plus grand des secrets par Hitmaker durant près de deux ans (il fut un temps où les autres divisions et la direction de Sega ne soupçonnaient pas même son existence), est ni plus ni moins qu'une "simulation Sega".  Le titre de Tez Okada propose un concept qui n'est que très peu éloigné de la réalité d'alors : Sega rencontre des difficultés insurmontables et sa part de marché s'est réduite à peau de chagrin, seulement 3% au niveau mondial. La faute à une société tentaculaire répondant au nom de Dogma Corporation... Afin de sauver sa société, le président de Sega choisit d'activer un plan secret, SeGaGaGa, et de confier les rênes de la compagnie à des gamins rencontrés dans la rue. Ces derniers sont chargés de redonner des couleurs aux courbes de vente en s'appuyant sur un levier principal : créer les meilleurs titres possibles.

SeGaGaGa est un jeu à des années-lumière du conformisme ambiant, volontairement sarcastique sur l'univers du jeu vidéo et ses poncifs (des développeurs exploités, une direction oppressante, une équipe marketing déconnectée de la réalité... ) et très cynique envers la situation de Sega. L'une des premières répliques de ce jeu hautement politique donne le ton :

  • "Ce sont des portes gigantesques ! Elles sont là pour empêcher les intrus de pénétrer ?"
  • "Non. Elles sont faites pour conserver nos employés à l'intérieur."

Plein d'allusions historiques, geeks, otaku, et plus largement à la "culture Sega", le titre de Hitmaker est une mine d'or pour les passionnés de l'univers du jeu vidéo. Il se présente sous la forme d'un mix entre un jeu de rôle et un jeu de gestion. Inutile d'y jouer sans comprendre le japonais ou avoir un ami sachant parler japonais à vos côtés, et sans une bonne culture du jeu vidéo... tant nombre de répliques sont marquées par un second degré acide !

Voici quelques liens et éléments utiles pour que vous puissiez continuer votre découverte de SeGaGaGa :

  • La vidéo d'introduction du jeu :

Introduction de SeGaGaGa (Dreamcast, 2001)

 

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